
Nous nous sommes finalement decides a quitter Valdivia le 28 fevrier apres avoir passe quelques jours dans cette ville a se lamenter sur le prix des choses, sur le temps qui passe et sur l'age du capitaine. Nous n'avions pas vraiment la tete a re-re-re-re-re-re-partir quelque part, pour la enieme fois, mais nous sentions que l'appel du grand sud, de la Patagonie, se faisait pressent. En effet, cette partie du monde nous semblait peut-etre bien convenir a notre etat d'esprit present.
Afin de vous mettre dans le contexte dans lequel nous avons decide de la route que nous allions suivre pour visiter la Patagonie, nous vous proposons une petite introduction a cette region unique au monde. Notez ici que la Patagonie, a notre avis, peut se diviser en deux grandes sous-regions.
Il y a tout d'abord la Patagonie Chilienne, qui se trouve coincee entre l'ocean Pacifique et les sommets Andins, ayant par consequent une topographie tres rugeuse, fait de montagnes acerees, de monts encastres les uns dans les autres, de lacs entre ces sommets, et de fjords ou l'ocean penetre profondement les terres tels des crevasses sur les pieds, ou plus precisement sur le talon. Ainsi, cette region est tres difficilement accessible par l'homme, etant donne le nombre incalculable d'obstacles naturels. La Patagonie Chilienne commence au sud de la ville de Puerto Montt. Si vous avez une carte a portee de bras (eg maps.google.com), vous verrez que cette ville se situe sur le rivage nord d'un grand golfe (golfe de Ancud). A l'ouest de ce golfe se trouve la belle ile de Chiloe (ressemblante a la Bretagne parait-il) et a l'est se trouve precisement le debut de la Patagonie Chilienne. Il n'existe pour l'instant aucune voie uniquement terrestre, passant seulement par le Chili, qui relie la ville de Puerto Montt a la premiere ville de Patagonie Chilienne qui est Chaiten (nous parlons de grande ville en Patagonie quand il y a plus de 5000 habitants...). Il est donc imperatif de prendre le bateau pour rejoindre la Patagonie Chilienne. Il existe plusieurs options. La plus prisee, et disons-le nettement, la plus touristique et la moins aventureuse (de notre avis) est de prendre un ferry reliant Puerto Montt a Puerto Natales (pour ceux qui seraient interesses, voir la companie Navimag). Trois jours de traversee dans les fjords Chilien pour rejoindre directement le sud Patagonien, a Puerto Natales. Au dire de certains voyageurs, il paraitrait que cette traversee est assez "houleuse", ce qui fait que pas mal de passagers attrappent le mal de mer! Autrement, on peut prendre un ferry pour se rendre jusqu'a Coyhaique (Capitale de la region de Aysen, qui est le gros de la Patagonie Chilienne) ou Chaiten, ou sinon un bus, mais dans ce cas, il faut imperativement passer par l'Argentine. Pour les plus fortunes, c'est l'avion. En ayant pris quelques renseigements avant d'attaquer la Patagonie, nous avons ententus dire que la partie terrestre de la Patagonie Chilienne, au sud de Chaiten, etait reputee pour etre sauvage mais extremement belle, une seule route reliant le nord du sud de cette region: La Caraterra Austral.
Avant de continuer plus loin le recit de notre voyage, laissez nous vous introduire la deuxieme region Patagonienne, la Patagonie Argentine. En effet, etant donne nos finances tres reluisantes, il etait clair que nous ne pouvions pas prendre l'avion. Par consequent, nous hesitions entre passer par la Patagonie Chilienne ou Argentine en bus.
La Patagonie Argentine est tres differente de celle Chilienne, bien que l'etat sauvage des lieux, de la nature, y est tout aussi prononce. En effet, la Patagonie Argentine se situe a l'est des pics de la cordillere des Andes et s'etend jusqu'a l'ocean Atlantique. Grosso modo, la Patagonie Argentine commence au sud de Puerto Madryn et s'etend jusqu'a la Terre de Feu. Si on regarde une carte, on peu s'apercevoir que cette Patagonie est tres etendue. Cette Patagonie consiste en une succession infinie de steppes quasi desertiques, ayant une topologie tres plate. On peut y voir quelques collines, mais tout ceci reste bien gentil compare a la Patagonie Chilienne. Par consequent, il est bien plus facile d'y construire des routes. Il y a deux routes principales qui relient le nord du sud de la Patagonie Argentine. Il y a d'une part le Ruta 3, qui longe la cote Atlantique. Cette route passe par les villes principales de la Patagonie Argentine, telles que Trelew, Comodoro Rivadavia et Rio Gallegos. Cette route est bitumee pour la plupart du trajet. La deuxieme route qui travers de haut en bas la Patagonie Argentine est la fameuse Ruta 40. Fameuse car elle longe (d'assez loin) le cote est de la cordillere des Andes et passe par les endroits les plus recule de la Patagonie. Il est ainsi possible de rouler pour plus de 300 km sans voir ame qui vive. De plus, cette route n'est pas du tout bitumee, mais est fait directement sur de la terre et du sable.
Sachant ces faits geographiques, nous avons decide de proceder comme suit. Tout d'abord. aller a la rencontre de la Patagonie Chilienne, via la Caraterra Austral. Ensuite, le plus au sud possible, lorsqu'il ne sera plus possible de continuer au Chili, passer en Argentine et faire la fameuse Ruta 40 jusqu'au sud Patagonien. Afin d'atteindre la Patagonie Chilienne de Valdivia, nous avons ainsi decide de prendre un bus pour Puerto Montt et de prendre le premier bateau en partance pour Chaiten ou encore Coyhaique.
Lorsque nous sommes arrives a Puerto Montt, nous avons eu la chance d'avoir pu directement acheter deux tickets nous permettant de partir le soir meme pour Chaiten en bateau (il ne restait que quelques places, ouf!). Coyhaique, la seul autre ville atteignable de Puerto Montt qui n'est pas sur l'ile de Chiloe ou Puerto Natales, et bien plus au sud, etait bookee pour les 4 prochains jours. Ainsi, nous sommes partis le soir meme sur un cargo transport de fret pour Chaiten. Le bateau, pas trop reluisant mais ayant des sieges moelleux dans une cabine de taille moyenne, nous a permi de passer tant bien que mal la nuit au milieu du golfe d'Ancud. Nous sentions le froid, le vent et les tempetes de Patagonie s'approcher de nous au fur et a mesure de notre avancee vers le sud. Le matin, nous avons atteint les rives de Chaiten, point de depart de la Patagonie. Chaiten, bien qu'etant une des plus grande vile de l'Aisen (grande partie de la Patagonie Chilienne, rappelons-le) n'est en fait qu'une petite bourgade sise au bord de la mer, dans une sorte de baie lui donnant une certaine protection contre la grosse houle. Au matin de notre arrivee, nous avons ainsi pu apprecier un lever de soleil, jouant a cache-cache avec les montagnes des fjords environnant, ainsi qu'avec de gros nuages noirs, et defilant a toute allure sous la forte impulsion des vents d'ouest venus du Pacifique sud (conditions meteorologiques typique de la Patagonie). Ceci nous donna un spectacle assez hors du commun a voir pour notre entree en Patagonie, comme si les dieux de la region nous prevenaient que nous arrivions dans un endroit ou la nature y reignait encore en maitre absolu. Nous avons debarque du cargo sur une jetee datant d'avant-guerre, fait en bois prematuremant vieilli par les incessants coups de vent Patagonien, portant en leur sein une multitude de gouttelettes d'eau salee et fouettant, lacerrant celui-ci de maniere continuelle. Nous etions decide a partir immediatement ce matin-la a la decouverte de la Caraterra Austral en direction de Cohyaique. Pour ceci, il nous fallait soit louer une voiture, soit prendre un bus pour cette ville. Nous nous sommes vite rendu compte que louer une voiture a Chaiten et la rendre a Cohyaique allait etre une mission quasi-impossible, a moins d'avoir des moyens financiers bien superieurs aux notres. Par consequent, nous nous sommes rendu vers l'espece de baraquement qui servait de terminal de bus pour prendre le premier bus en partance pour Cohyaique. Par chance, le matin meme un bus partait a 9-10 heures du matin (nous sommes en Amerique Latine... il faut toujours penser approximatif au niveau temporel, c'est plus sur pour sa propre patience.. et encore, le Chili c'est tres ponctuel!). Nous avons donc immediatement achete deux billets et avons attendu le bus. Nous sommes ainsi parti le matin meme pour plus de 14 heures de bus pour atteindre Cohyaique dans la soiree. Etant partis le matin d'avant de Valdivia, nous commencions a trouver ce voyage long mais tres excitant. En effet, des que nous avons commence a rouler avec le bus (qui etait une sorte de version agrandie d'une bus VW mais tout aussi vieux que ce que l'on pourrait imaginer), nous nous sommes apercu que, depuis Chaiten, la Chili change completement de visage, tant au niveau des transports et des ses infrastructures, que du paysage. Apres quelques kilometres sur la Caraterra Austral, la route s'est transforme en chemin de terre. Les prochain 400 kn allaient etre comme ceci. Pour nous reconforter, les paysages se sont montres exceptionels. Nous avons vu une succession de montagnes, de lacs, de fjords, de champs pour l'elevage de ovins et de bovins, ainsi que de rivieres encastrees merveilleusement bien dans des vallees nous faisant penser que nous devions etre dans un de ces films style Seigneur de Anneaux. Nous avons aussi remarque que le bus qui nous a conduit de Chaiten a Coyhaique sert en fait de lien social pour toute la region de la Caraterra Austral, ie la Patagonie Chilienne de la region de l'Aysen. En effet, le conducteur, tres sympatique, ayant une multitude d'anectodes a raconter sur ce morceau du globe, s'arretait periodiquement pour aller voir les gens dans leur Estancia, afin de savoir si ils avait du courrier a faire passer, ou toutes autres produits. Notez ici qu'il faut bien vous rendre compte que lorsque vous passez dans un village, apres plusieurs heures de route en pleine nature, vous voyez au maximum 10 maisons. Venant de la Caraterra Austral, cela ressemble presque a une ville!
Vers 7 heures du soir, nous nous sommes arrete dans un de ces petit village, et on commencait a avoir assez faim (nous n'avions quasiment rien mange de la journee). C'est a cet instant que notre cher conducteur nous a propose d'aller manger la supa chez une de ses amies. En une minute, nous nous sommes retrouve assis sur des tabourets en bois massifs, chez une vrai mamita a la Chilienne, qui etait en train de nous faire une soupe contenant de bons produits que seul la nature preservee sait offrir, tels que viande, haricots, patates, etc.. c'etait vraiment rustique mais vraiment bon! Apres cette pause diner, nous avons repris la route avec le ventre plein mais heureux. Nous sommes finalement arrive a Cohyaique vers 11.30 du soir. Notre cher conductueur nous a trouver un hotel pas mal pour pas trop cher. Nous nous sommes vite mis lit pour une bonne nuit de someil reparatrice. Le lendemain allait surement etre composee de nouvelles decouvertes de cette tres belle partie du monde! |